Je flâne dans ma ville étudiante. J'entends un vélo arriver derrière moi. Je m'écarte. Il me dépasse. Le cycliste se retourne. Il semble me déshabiller du regard. Je le foudroie du regard. Je m'en veux aussitôt. Peut-être me suis-je méprise sur ses intentions. Peut-être que je suis paranoïaque. Il se retourne une nouvelle fois et me lance : "Tu es bonne, petite s*l*p*."

Avant, j'étais trop choquée pour répondre. Ensuite, j'avais peur des conséquences alors je faisais semblant de ne pas entendre. Avec l'habitude, je réponds quelque chose d'inélégant. Oui, avec l'habitude. J'ai l'habitude du harcèlement de rue.

Le harcèlement de rue, qu'est-ce que c'est ?

Ainsi que le définit l'association Stop harcèlement de rue ! sur son site, le harcèlement de rue "ce sont les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeler verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle."

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Source : tdg.ch

La victime qui s'ignore, l'insurgée incomprise et la militante

Adolescente, je connais mes premières expériences de harcèlement de rue. On me siffle. On me traite de s*l*pe. On me dit que je suis bonne. On me pose des questions intrusives quant à ma sexualité. On me dit que je suis fraîche ou charmante. On se passe la langue sur les lèvres d'un air évocateur. On ? De parfaits inconnus.

J'en ai marre. J'en parle avec mes copines. Nous sommes nombreuses à subir ces agissements. Nous en discutons, plus largement, avec des amis, avec des copains, avec des potes, avec des adultes. Loin de reconnaître que nous sommes des victimes, la société cherche à savoir ce que nous avons fait de mal ("Comment étais-tu habillée ?", "Tu lui as parlé en premier ?", etc.) et banalise le phénomène ("Tant que ce ne sont que des remarques...", "Ah oui, c'est comme ça.", etc.).

D'abord, je me range à l'avis de la société, en victime qui s'ignore. L'heure du ras-le-bol vient. Je m'insurge mais je me sens incomprise. Je réalise que je ne suis pas la seule insurgée, je me renseigne. Je comprend que la communication est notre meilleure arme. Désormais, je n'hésite pas à en parler, quitte à passer pour une illuminée. La sensibilisation est importante.

Le harcèlement de rue dans ma vie

Jeune étudiante, je me faisais tellement harceler, sous le regard impassible des passants, que j'ai cherché à devenir invisible. Je suis passée d'un look à base de robes bien coupées aux couleurs acidulées et d'un maquillage nude à un total look noir trop large, sans maquillage, les cheveux le moins soigné possible. J'ai arrêté de tenir la tête droite pour regarder le bout de mes chaussures. J'ai troqué mes petits talons contre des chaussures plates pour ne pas faire de bruit en marchant. Après une mauvaise expérience, j'ai arrêté de sortir mon chien après 21 heures.

Je n'ai pas réussi à devenir insivible. Le harceleur de rue se cache derrière les excuses que lui fournit la société : la fille était habillée court, pomponnée, etc. mais ce ne sont que des prétextes. S'il veut harceler, il harcèlera, point.

J'ai puisé dans cette expérience la force d'être moi. D'accepter l'idée que je ne suis nullement coupable.

Je plains les femmes mais je plains aussi les hommes respectueux.

J'entends souvent des hommes se plaindre de combien nous sommes sur la défensive quand ils nous abordent, pourtant avec de bonnes intentions et sans insister, et penser que nous sommes paranoïaques.

Je pense que les hommes n'ont pas conscience de ce que nous vivons et qu'il est de notre devoir de les informer loyalement. Pour rire (jaune), j'ai compté. En me promenant une après-midi dans ma ville étudiante, je peux me faire siffler / draguer lourdement / suivre / insulter / intimider / regarder avec concupiscence jusqu'à une vingtaine de fois. Dans le même temps, je me fais aborder par un homme respectueux entre 0 et 1 fois. Aïe.

Comment réagir face au harcèlement de rue ?

Je ne suis pas de bon conseil. Personnellement, je réplique généralement quelque chose ayant pour but de leur donner l'air idiot. Je ne recommande néanmoins pas du tout cette méthode car elle peut s'avérer dangereuse.

J'ai beaucoup ri en découvrant l'extrait d'une émission péruvienne. L'émission repère des harceleurs de rue, contacte leur mère et les relooke. Les harceleurs en viennent ainsi à harceler leur propre mère et ils se prennent le savon de leur vie. Epique !

Plus pragmatique et raisonnable, le Projet Crocodiles, sous forme de BD, explique ce qu'est le harcèlement de rue et propose des conseils quant à comment y réagir. A mettre entre toutes les mains.

Harcèlemenet de rue, nous aurons ta peau.

J'aimerais que le harcèlement de rue n'existe pas. Sauf qu'il existe.

A défaut de pouvoir me réjouir de sa non-existence, je réalise avec satisfaction que le harcèlement de rue a de moins en moins l'air normal. Nous sommes de plus en plus nombreuses à mettre un nom sur ce que nous vivons et à nous en plaindre. Le combat prend forme.

Et, un jour, harcèlement de rue, nous aurons ta peau.